Nous remercions Mr Jean-Claude VIAUD,
Retraité de l’Education National-- Professeur de yoga dans le cadre de
l’Institut International de Yoga (Yogi Khane)-
Vice-président de l’U.E.Y.I.( union des enseignants de Yoga de l’Isère), pour l’autorisation
de diffusion de son expérience sur le site de RESPYRS.
LYCEE
Emmanuel Mounier à GRENOBLE PROJET : Yoga classe de 2 de 2
La réussite scolaire de l’élève est
souvent grevée par le fait qu’une grande partie de son énergie est utilisée à résoudre
de nombreux problèmes. Ce qu’il reste de cette énergie est parfois trop faible
pour assurer normalement sa scolarité.
Ce projet est ainsi abordé sous l’angle
"économique". Il peut être transposé sous la forme suivante
qui n’est qu’une image et non une réalité mathématique.
E.u = E t – E
p
E u : Energie utilisable pour effectuer son travail
scolaire et avoir une attitude positive dans le groupe-classe.
E t : Energie totale disponible potentiellement.
E p :
Energie perdue qui ne pourra pas être employée à mener à bien ses tâches
scolaires. Elle servira, parfois en urgence, à résoudre d’autres problèmes.
LA PRATIQUE.
Je précise, avant tout, que les exercices
de yoga proposés sont ciblés sur l’élève et sont adaptés à des
situations scolaires. Il ne s’agit pas de yoga fondamental, de cours de
yoga permettant de progresser dans cette discipline. Je me base à cet effet sur
mon expérience pratique acquise pendant ma carrière scolaire, au cours de
laquelle j’ai utilisé le yoga en collège et en lycée, pour améliorer le
rendement scolaire de mes classes et résoudre de nombreux problèmes. Je me
réfère également à 10 années en tant que formateur en psychopédagogie chez les
enseignants du secondaire en C.P.R. et C.R.D.P. ainsi qu’en université. J’ai, en outre, été
formateur à la M.A.F.P.E.N. de Grenoble en proposant
aux enseignants et autres personnels de l’éducation nationale, un yoga toujours
adapté aux difficultés professionnelles. Je ne décrirais pas le déroulement des
exercices pratiqués, mais je peux donner, si besoin est, toutes les
explications qui me seront demandées.
Lutte contre la fatigue.
Lutte contre le stress
La mise en place de techniques
anti-stress doit être précéder d’évacuation de ce
stress qui se fera sous une forme émotionnelle. Chez les adultes, il n’est pas
rare que cela s’exprime par les pleurs, plus rarement par de l’angoisse.
L’adolescent, lui, sera pris de fous rires ou bien se sentira subitement très
fatigué. Il est alors impératif d’apporter une explication à ces phénomènes. Il
acceptera très bien, pour le rire, l’image de l’autocuiseur. La vapeur
s’échappe à l’instar des tensions bloquées dans la personne. Il faut
particulièrement insister sur l’aspect positif de cette situation et déculpabiliser.
La fatigue s’installe à la suite de la chute des barrières qui endiguent et
masquent le stress. Il s’agit là d’un phénomène d’action-réaction.
Là aussi, il faut bien informer l’élève que la moitié du problème est, de ce
fait, résolu, puisque le négatif s’évacue, laissant la place au positif qu’il
faut maintenant installer.
Attention ! L’expérience et la formation du
formateur doivent être suffisamment étayées pour ne pas s’inquiéter de ce qui
passe et savoir intervenir à propos.
Les exercices seront axés sur trois zones
corporelles :
Le redressement, le maintien, les
exercices toniques et relaxants contribuent à soulager certaines lombalgies, ce
qui améliore l’état mental. Le redressement en lui-même, donne une structure
corporelle positive (à l’inverse un sentiment dépressif est à l’origine d’un
corps voûté avec les épaules tombantes). Il suffit de compléter ce travail par
des exercices de relaxation.
Une somatisation du stress provoque,
entre autre, des spasmes gastriques et intestinaux. Certains mouvements, ainsi
que des techniques respiratoires localisées dans cette même zone, apportent de
rapides et efficaces progrès.
Cette zone est proche de la gorge d’où
provient le mot angoisse. C’est une zone respiratoire qui fonctionne peu si on
n’y prend garde. L’expression "j’ai les boules", accompagnée du geste
des deux mains à la base du cou, est significative à cet égard. Une respiration
lente et profonde à ce niveau, certains mouvements des épaules et de la cage
thoracique, ont un rôle important dans la lutte contre
le stress.
Ces respirations, en ajoutant la
respiration costale qui se situe entre les deux décrites, peuvent être
pratiquées dans une seule inspiration et une seule expiration, d’une manière
très discrète, dans n’importe quelle circonstance. Elles sont invisibles pour
l’entourage. Les élèves m’ont fait part d’excellents résultats en classe avant
des exercices de contrôles voir dans des situations d’énervement précurseur
d’actes de violences. Le passage à l’acte a été évité.
Je ne détaillerais pas d’autres
techniques énergétiques et de relaxation utilisées pendant ces séances.
La dévalorisation
Les élèves associent leurs échecs scolaires
à une dévalorisation de leur propre personne. Des mauvaises notes répétitives
sont à l’origine de sentiments de nullité et d’incapacité de l’individu
concerné. La note n’est pas, pour l’élève, l’appréciation d’un travail
accompli, mais le jugement de sa propre personne. C’est l’un des chemins de
l’échec scolaire, de la dépression, de la violence.
Les exercices prévus, outre ceux
concernant la lutte contre le stress, sont axés sur un travail mental de positivation. Ce travail est intégré dans des postures et
des techniques respiratoires. Le corps est un outil très puissant pour aider à
l’assimilation de ces pensées valorisantes. Il est ici compris dans sa
totalité, ce qui se concrétise dans la coordination du geste et de la
respiration. Il suffit alors d’y intégrer des pensées positives et nous sommes
dans l’un des aspects fondamentaux du yoga, à savoir un travail complémentaire
et immédiat qui réunit (le mot Yoga veut dire unir) les postures, la
respiration et le mental. Ce dernier, par ailleurs, est très sérieusement pris
en considération dans la préparation des compétitions sportives.
Le relationnel.
Les pratiques que nous venons d’évoquer, permette une amélioration des relations. Diminuer en soi le
stress, la fatigue, la dévalorisation, concourt, de fait, à se sentir mieux
avec les autres. Etre bien avec les autres commence par être bien avec
soi-même.
Il est cependant prévu des exercices de
yoga collectifs au cours desquels les élèves, à tour de rôle, animent des
petites séances simples. Une évaluation du ressenti personnel
et collectif, apporta certaines révélations de soi-même et de son impact
personnel sur le groupe. Cela facilita la résolution de quelques problèmes.
La concentration.
Yogi Babacar Khane a retrouvé, dans l’Egypte ancienne, les traces de
techniques corporelles et respiratoires qui, outre l’aspect culturel différent,
n’aurait pas dérouté des maîtres du hatha-yoga indien.
Assisté de sa femme, Geneviève Khane, agrégée de
lettres classiques, docteur es lettres et diplômée d’égyptologie à la faculté
de Montpellier, il enseigne une synthèse de yoga chinois, de yoga égyptien et
de yoga indien. Formé à son école, j’ai mis en place des enchaînements de
mouvements, coordonnés à une respiration appropriée, ce qui demande une
concentration mentale rigoureuse. Ces enchaînements, provenant du yoga
égyptien, assurent à ceux qui les pratiquent, une très puissante concentration
mentale sans même qu’ ils en aient conscience. Une
attention rigoureuse est indispensable pour qu’une coordination correcte de la
respiration, adaptée à l’enchaînement proposé, s’établisse. En outre, ce
travail provoque une excellente oxygénation (ne pas oublier que le cerveau dans
l’organisme est l’organe qui nécessite la plus grande quantité d’oxygène),
ainsi qu’un juste positionnement de la colonne vertébrale. Le yoga indien fut
également utilisé à cet effet.
EVALUATION
Observation et sentiment personnel
Les élèves sont, au départ, méfiants. Ils
n’apprécient pas d’avoir un horaire supplémentaire et craignent de perdre leur
temps sur leur travail et sur leurs loisirs. Pour certain, ils sont là pour
apprendre, le reste ne leur paraît pas sérieux ni conforme aux prestations
normales que l’on doit attendre d’un lycée. Nous ne sommes pas dans le
pédagogiquement correct.
Parmi les 8 élèves, un seul n’acceptait
pas cette situation. Nous avons alors établi une sorte de contrat. Il devait
être présent, ne pas prévoir un travail ou une activité autre, mais il n’était
pas obligé de pratiquer le yoga. Bien entendu, il ne devait pas perturber le
fonctionnement des séances. Non seulement aucune entorse n’a été faite à cet
accord mais, de temps en temps, il a même participé à quelques exercices et a
reconnu, auprès d’autres personnes qu’à moi-même, en avoir retiré quelques
bienfaits. Pendant les dernières séances, il est apparu plus ouvert, plus
souriant. Au cours d’une séance, quelques élèves ont choisi de ne pas pratiquer
tous les exercices, mais ont accepté( sauf un) de
donner leur avis sur ce qu’ils avaient ressenti et ce qu’ils avaient observé.
Ils ont ensuite participé ensemble à la relaxation finale.
J’ai personnellement constaté une
amélioration progressive dans la coordination des gestes et de la respiration
avec une meilleure concentration. Les exercices étaient pratiqués avec de plus en
plus de sérieux.
Questionnaire.
Un questionnaire a été distribué dés la
deuxième séance. Parmi les 5 questions posées, je propose l’analyse de 3
d’entre elles :
2)Comment as-tu ressenti la première séance ?
4)Qu’attends-tu des prochaines séances ?
La première question montre quelques curiosités mais l’état
d’esprit est surtout négatif ce qui est de règle à la première approche de ces
séances. Cela confirme mes propos au début de cette évaluation.
A la deuxième question, à part un élève qui restera réticent et
une réponse nuancée, le groupe est très satisfait de cette première séance.
Je retrouve ici les schémas classiques
que l’on observe dans ce type de formation J’ai cependant été agréablement
surpris par la rapidité d’un vécu positif. J’avais en effet observé, pendant la
première rencontre, des visages fermés, voir hostiles. Ce qui augurait d’une
poursuite difficile du travail prévu. Il est indispensable que le formateur,
non seulement s’appuie sur une solide expérience, une compétence étayée par un
travail rigoureux, mais aussi sur un optimisme à toute épreuve car, si la
formation est bénéfique grâce à cette compétence, elle l’est d’autant par
l’attitude du formateur lui-même, selon l’adage qui affirme qu’on n’enseigne
pas uniquement ce que l’on fait mais ce que l’on est. Cela correspond tout à
fait à l’état d’esprit global du yoga qui réunit, dans une même unité, le verbe
faire et le verbe être. Je me permets ici, après plus de 30 ans d’enseignement
dans l’Education Nationale, de faire remarquer que la seconde partie de cet
adage n’est pas assez pris en compte dans la formation
des enseignants.
Evaluation par les élèves en fin de
stage.
Cette évaluation a été faite sous forme
d’expression libre et non à l’aide d’un questionnaire structuré.
Je relève les avis suivants :
-- La
relation.
--Votre
personne (toujours positive).
Je terminerais par deux phrases qui m’ont
particulièrement touché :
En conclusion :
Cette évaluation qui m’apparaît particulièrement
positive, a été faite après 5 séances seulement, ce qui est un temps de travail
normalement trop court pour apporter des améliorations dans ce domaine complexe
de l’humain. J’ai donc été agréablement surpris par ces résultats. J’avais, après
les séances, accordé des entretiens aux élèves qui avaient exprimé des
problèmes plus personnels. Je n’en n’ai pas fait d’évaluation.Il
m’est cependant apparu, de la part de ces élèves, un grand intérêt et certaines
améliorations.
Pour terminer, j’ai eu le sentiment
d’aller au-delà de mon projet initial. Il s’agissait alors de donner plus
d’efficacité à l’élève dans son travail scolaire et dans son comportement, ce
qui a été exprimé par certains. Or, il est apparu des ressentis de valorisation
personnelle et même des sentiments d’ordre philosophique. Aussi, je peux dire
que ce groupe a acquis, non seulement des moyens pour faire face à des problèmes
scolaires, mais a également progressé au niveau personnel et a même
pressenti une certaine philosophie de vivre. On peut, je pense, aller
jusqu’à parler d’une évolution culturelle.