Article pour le 30ième
anniversaire du RYE (Recherche sur le Yoga en Education) par Marie Andrée
BAILLON 2008
Depuis
30ans que le RYE existe, de nombreux articles, livres, séminaires, stages de
formation ont permis aux enseignants, éducateurs de valoriser cette discipline
qu’est le YOGA en milieu scolaire.
Je me suis appuyée sur ce travail
et sur les connaissances acquises auprès
du BHOLE
du Centre KAVALYADHAMA de Lonavla Inde, chercheur spécialiste en
neuro-psycho-physiologie du Yoga et l’étude des textes anciens au regard des
neurosciences actuelles, pour élaborer ce cycle de
« YOGA SCOLAIRE » en EPS (1). L’ensemble de la recherche a fait l’objet d’un mémoire
intitulé : « Contribution d’une pratique scolaire de yoga à
l’éducation pour la santé » pour une MASTER (2) :« Education Santé » (Université de Lille2 pour la
Santé Publique et Université de Lille3 pour les Sciences de l’Education), et a
reçu l’aval de l’Inspection Régionale de l’EPS de l’Académie de Lille.
Depuis 1999, j’ai mis en place, en dehors de mes cours d’EPS, diverses actions au sein du système éducatif : atelier de « gestion du stress », « préparation aux examens », « préparation aux compétitions sportives », atelier « santé », développement de l’ « estime de soi » à la MGI (3), avec des jeunes en difficultés. Dans mes cours d’EPS, j’utilisais certains outils du yoga pour l’échauffement, ou la récupération mais de manière très ponctuelle et j’étais persuadée que la « pratique du Yoga » pouvait avoir une place à part entière au même titre qu’une autre APSA (4)
Le Yoga
étant une discipline très ancienne avec de nombreux outils, toujours
d’actualité au XXIième siècle, il me semble important de clarifier toute démarche
pédagogique, en utilisant le « langage » approprié à l’Ecole Laïque Française
avec ses finalités et ses objectifs au sein de l’EN (5). Pour cela, j’ai
utilisé les textes qui régissent ma discipline l’EPS en lycée pour
formaliser la pratique du YOGA en « contenus
d’enseignement » en respectant sur la spécificité des finalités de l’EPS
avec des objectifs, des compétences, des
capacités et des connaissances à développer chez nos élèves. Cette APSA, je l’ai appelée « YOGA SCOLAIRE »
Beaucoup de personnes ont des représentations de l’EPS en fonction de leur vécu en tant qu’élève, or, notre discipline a beaucoup évolué…
Pour comprendre le
cheminement utilisé à l’entrée d’un « Yoga Scolaire » en
lycée, je vais d’abord illustrer mes propos par les textes officiels en EPS (6) :
« La
finalité de l’EPS, en lycée, est de former, par la pratique APSA, un citoyen
cultivé, lucide, autonome. … Cet
enseignement fait vivre à TOUS les élèves des expériences corporelles
collectives et individuelles qui permettent au travers de l’efficacité de
chacun un accès à la citoyenneté en acte, à l’équilibre et au développement
personnel, à la réalisation de soi.
En ajoutant la conscience, nous retrouvons
les finalités du YOGA SCOLAIRE tel
que nous allons le définir
En
même temps, les lycéens utiliseront un certains nombre de connaissances liées à
l’information, aux techniques, aux tactiques, aux savoirs faire sociaux et aux
connaissances sur soi en lien avec des composantes méthodologiques qui
permettront l’acquisition de méthodes, d’attitudes, de démarches réflexives
favorables aux apprentissages afin de mener à bien un projet personnel
pour :
*s’engager lucidement dans l’activité,
prendre des risques et contrôler leur engagement
*développer leurs propres ressources
pour acquérir une meilleure connaissance de soi
Pour un YOGA SCOLAIRE, les NYAMA peuvent être déclinés
*planifier un projet d’apprentissage
et/ou d’entraînement
* apprécier les effets de la pratique
sur eux même et sur l’environnement
*échanger collectivement, développer une attitude
citoyenne
Toujours dans le cadre d’un YOGA SCOLAIRE,
les YAMA vont favoriser
le développement du « Vivre ensemble » (RYE)
Parmi les 5 compétences à développer chez nos élèves, nous
retiendrons :
« Orienter et développer les effets de
l’activité physique en vue de l’entretien de soi »
Dans les textes d’accompagnement
(7) pour la mise en place des projets pédagogique, « la
relaxation » apparaît comme APSA (Fiche 18)
« La relaxation concerne trois volets distincts mais fortement reliés :
la tonicité (l’élève est « crispé »), la vigilance (il
« papillonne » ou il est « éteint ») et la sphère
émotionnelle (l’élève est énervé)…
Cette détente peut être sollicitée
par :
*l’alternance
contractions et relâchement… ;
*la
centration sur la respiration, ses différentes phases et localisations, ses variations
de débit et de durée etc (principe que l’on retrouve dans beaucoup de
techniques dont le yoga) ;
*la
mobilisation d’évocations mentales… » etc
Après
lecture, avec mes lunettes et mon filtre d’enseignant de Yoga, les nouveaux programmes du lycée m’autorisaient à formaliser une démarche de YOGA SCOLAIRE qui
entre dans la formation du FUTUR CITOYEN responsable
Tout le travail avec le Dc BHOLE du Centre KAVALYADHAMA de
Lonavla Inde, chercheur spécialiste en neuro-psycho-physiologie du Yoga et l’étude
des textes anciens au regard des neurosciences actuelles ont permis
l’élaboration et la validation de cette expérimentation. L’ensemble de la
recherche a fait l’objet d’un mémoire intitulé : « Contribution d’une
pratique scolaire de yoga à l’éducation pour la santé » pour un MASTER
(Bac + 5) DESS « Education
Santé » (Université de Lille2 pour la Santé Publique et Université
de Lille3 pour les Sciences de l’Education), et a reçu l’aval de l’Inspection
Régionale de l’EPS.
La présentation du cycle est celle retenue pour présenter
n’importe qu’elle APSA en EPS
CYCLE de
YOGA SCOLAIRE en CLASEE de PREMIRE au LYCEE JACQUARD de CAUDRY : 8 fois
2heures par semaine.
APSA : YOGA SCOLAIRE
COMPETENTECES
CULTURELLES (CC) N° 5 : « Produire et rechercher des effets sur
soi »
CONNAISSANCES
METHODOLOGIQUES : « Connaissances
sur soi », « Elaboration d’un projet », « Adaptation d’un
projet »
PORTRAI
des ELEVES :
Elèves de première, adolescent soumis au stress de l’examen,
en pleine mutation physique et psychologique, en recherche d’identité, de
connaissance de soi, d’estime de soi. Pour eux, l’image extérieure n’est pas
toujours ajustée à l’image intérieure d’où les conflits. Ils sont soumis à une
obligation d’adaptation rapide aux diverses sollicitations extérieures, demandant
des réponses motrices, mentales, intellectuelles, souvent obstruées par l’état
émotionnel
JUSTIFICATIF
(Constat)de l’ACTIVITE :
*Adapter l’ETAT CORPOREL et MENTAL aux diverses
sollicitations du lycéen (manque de connaissance sur le fonctionnement et les
liens entre le corps et le mental)
*YOGA SCOLAIRE : Activité transversale, permettant une
prise en charge personnelle de l’élève par rapport à sa propre personnalité,
ses aspirations, pour la mise en place d’un PROJET à travers ce besoin de BIEN
ETRE tant sur le plan : physique et mental, que psychologique, affectif et
environnemental, dans le sens d’un PROJET de SANTE GLOBAL en EPS à travers la
CC5
COMPORTEMENT
de l’ELEVE en ACTIVITE (rapport que l’élève entretien avec son corps, avec
l’EPS, avec l’APSA : le YOGA SCOLAIRE) :
Les problèmes rencontrés sont en lien avec la période de
l’adolescence :
*Le refus du corps par rapport à des surcharges pondérales
(réelles ou imaginaires), les complexes sont construits à travers l’image du
corps imposés par les médias
*L’acceptation et d’identification de ce CORPS que j’AI par
rapport à ce que je SUIS
*Différentiation
entre les filles et les garçons
pour l’écoute du corps et la centration sur soi
*Difficulté à SE REGARDER , à S’ECOUTER, à RESSENTIR, à
SE mettre en ARRET, à ETRE (estime de
soi), à VERBALISER
CHOIX
des OBJETS d’ENSEIGNEMENT (problème que l’élève va
rencontrer et qu’il va résoudre) :
FAIRE le LIEN entre TOUTES les VARIABLES : la mécanique
respiratoire, la mobilité vertébrale, la tonicité, l’étirement/relâchement, les
7 familles de postures…en utilisant des FORMES de travail et des REGLES identifiées
CONDITION
de DEROULEMENT du CYCLE : FORME de PRATIQUE et d’APPRENTISSAGE :
Apprentissage de postures et identification des effets sur
SOI à travers les RESSENTIS, pour agir sur le TONUS MUSCULAIRE périphérique,
puis plus en PROFONDEUR, sur les MUSCLES PROFONDS, à travers la CV, donc les
nerfs rachidiens, donc le SYSTEMEZ NERVEUX, donc le MENTAL
Passer d’une POSTURE à une ASANA (stable et équilibrée)
Construction d’un PROJET PERSONNEL
COMPETENCES
SPECIFIQUES
CONSTRUIRE,
MEMORISER une série de POSTURES de familles différentes en fonction de leurs
actions sur la CV en vue :
D’AGIR, de
RESSENTIR, d’OBSERVER, d’ECOUTER…les divers EFFETS sur SOI, afin
De TRANSFORMER
des postures en ASANAS : ETAT d’EQUILIBRE , grâce à une MISE EN RELATION
entre la posture, la respiration, la concentration…
ETABLIR un
CODE COMMUN
Au niveau anatomique et physiologique :
-CONNAITRE
et SENTIR
*les différentes PARTIES du corps, les notions de groupes
MUSCULAIRES ANTAGONISTES,
*avec les POSES et les CONTRE POSES
*un ETIREMENT
*une CONTRACTION
*une TENSION
*Un LACHER PRISE
-REPERER
*les mouvements de l’AIR
*les mouvements des PAROIES du CORPS
*Les mouvements INTERNES
-TRADUIRE,
INTERPRETER , DESSINER, VERBALISER :
*les ressentis, avec les couples d’OPPOSES
COMPLEMENTAIRES : lourd-léger, chaud-froid, grand-petit, haut-bas, …
-LIER
les différentes formes de travail pour ASSUMER les TRANSITIONS avec les
diverses étapes de la séance (Prise de conscience, les postures en dynamique,
en statique, relaxation…), en se fixant des objectifs pour ce cycle, mais
également pour d’autres APSA, ou situations de la vie courante
OBJECTIFS
de TRANSFORMATION
PASSER de l’ ACTEUR, lélève guidée
par l’enseignant qui parle , commente, aide…Au RECEPTEUR à l’élève opérant ses PROPRES CHOIX d’ACTIONS et
l’enseignant silencieux
ALLER vers l’amélioration de
l’ETAT de CONSCIENCE au niveau PROPRIOCEPTIF, MUSCULAIRE et RESPIRATOIRE
DEVENIR : ACTEUR-OBSERVATEUR-RECEPTEUR,
AUTO NOME dans sa PRATIQUE, GESTIONNAIRE de son ETAT de SANTE : (Etat
de bien être physique, psychique et social définit par l’OMS)
CONTENUS :
l’élève apprend à :
*EXPERIMENTER en ACTES des CONNAISSANCES intellectuelles,
sur la physiologie musculaire, articulaire, respiratoire, le tonus musculaires,
la concentration, la vigilance,…
*UTILISER des variables pour produire des EFFETS sur SOI
*RESSENTIR des ETAT INTERNES
*APPRECIER le TEMPS nécessaire pour AJUSTER une POSTURE, une
RESPIRATION…
*Construire, mémoriser, écouter, prendre conscience, agir,
ressentir, être présent, observer, identifier, verbaliser, lier, modifier des
ETATS
*dire, écrire, dessiner, verbaliser, échanger, se dévoiler
Le tout à travers les règles citoyennes que sont les YAMAS
NYAMAS
Ce cycle est une trame
modifiable à volonté, selon les pôles de compétences et de connaissances à
développer, les contenus d’enseignement varieront en fonction des niveaux de
classes et des contextes particuliers.
Depuis, sa mise en place des modifications ont lieu chaque
année afin d’améliorer la démarche…l’importance étant de donner du SENS sur le long terme par le fait de donner à
l’élève la « dévolution » de
son apprentissage, par la mise en place du projet personnel…cela entraîne une meilleure appropriation des savoirs, des
savoirs faire et des savoirs être, réinvestissables dans sa vie future !
Une partie de cette expérience est détaillée sur le site de l’Association de
Yoga :RESPYRS : www.respyrs.fr, qui essaie de
transmettre un YOGA adapté à la spécificité de chacun en lien avec les textes
anciens et les connaissances actuelles sur le développement de l’être humain
dans son environnement en perpétuelle modification.
Il semble primordial que chaque expérience au sein de l’EN
doit être formalisée, éclairée par les sciences humaines actuelles, pour
qu’elle soit compréhensible pour les élèves, leurs parents, les autres
enseignants, les chefs d’établissements, les inspecteurs…sachant que la fonctions
de chacun engendrent des représentations différentes des objets d’enseignement.
Un langage et une formalisation pour l’EN est une priorité pour permette une
plus grande visibilité et une reconnaissance de cette activité
Les « recettes clefs en main » sont au détriment
d’une vraie réflexion et d’une vraie appropriation pour les enseignants, d’un
YOGA SCOLAIRE digne de ce nom !
Nous avons encore beaucoup de travail devant nous, pour que l’éducation du « corps
sensible »(8) soit une priorité dans notre système éducatif
Marie Andrée BAILLON
Professeur d’EPS
Master « Education Santé »
Formatrice EPS, Relations Humaines, Education pour la santé
Fondatrice de
l’Association RESPYRS, www.respyrs.fr
(1) EPS : Education Physique et Sportive
(2) Master, DESS : Diplôme D’Etudes Supérieur Spécialisé
(3) MGI : Mission Générale d’Insertion
(4) APSA : Activité Physique Sportive et/ou artistique
(5) EN : Education Nationale
(6) Textes Officiels EN, BO N°6 31 Août 2000
(7) CNDP Mars 2001 : EPS Accompagnement des Programmes
(8) « Corps sensibles et EPS » SCEREN CRDP France-Compté